Tactile River

L’oeuvre d’art Tactile River, située sur la place du Samedi, aura décidément déchaîné les passions.

       
         
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Le 16 juin 2018, la Commune de Bruxelles fait paraître un communiqué de presse qui annonce l'inauguration de Tactile River, et publie les déclarations des différents organisateurs et sponsors du projet.

Ainsi Benoit Joveneau est cité:
« Je me suis rendu compte que l’essor de la plupart des villes mondiales était dû à la présence de l’eau. Rivières, mers, lacs et océans ont toujours attiré l’humain et favorisé le développement économique et culturel, créant les capitales et civilisations au cours de l’histoire. L’eau a toujours aussi créé des villes prospères et apaisés où le bien-être et la plénitude règnent. Bruxelles n’échappait pas à la règle. Mais dans les années 1870, la Senne est voutée et l’eau disparait du centre de la ville. Il m’est donc apparu nécessaire de faire revivre à notre époque l’eau et son influence. Mon projet est né en 1998, lors de la préparation de « Bruxelles, ville européenne de la culture de l'an 2000 », Bruxelles 2000 ! A ce moment-là, les moyens technologiques ne permettaient pas encore d’aller jusqu’à l’interactivité, et le projet est toujours resté dans un coin de sa tête. Aujourd’hui, grâce à la synergie locale ce projet voit enfin le jour ! Et nous vous le présentons ce soir ! »

Haile Abebe, Président de l’association des commerçants Laeken-Béguinage (ACLB-VHLB):
« Notre quartier commerçant qui regroupe la Rue de Laeken, la Place du Samedi et les rues aux alentours est en pleine mutation avec l’installation de nouveaux commerces. Nous voulons continuer dans cette direction et favo- riser la dynamique du quartier. Immédiatement, les commerçants ont été conquis par l’aspect esthétique et ludique de TactileRiver. Cette œuvre va créer du passage et renforcer l’attractivité du quartier. Je remercie la ville de Bruxelles et AGC de nous avoir soutenu. »

Marion Lemesre (MR), échevine des Affaires économiques : « L’installation de TactileRiver permet de promouvoir un quartier commerçant en pleine mutation. Ce projet s’inscrit aussi dans notre volonté de créer une balade entre les quartiers commerçants et de mieux les relier entre eux. »

Els Ampe, échevine des Travaux Publics (Open VLD) : « Ce coin longtemps oublié se transforme en une petite place agréable grâce au piétonnier et l'investissement des commerçants du quartier. Le projet TactileRiver rendra cet endroit unique. »

La soir même, une performance de danse aura lieu sur l'oeuvre.

         
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Le 26 Juillet, le journal Bruxellois Bruzz relaie une affiche disposé sur le piétonnier qui annonce la destruction d'un "objet" par des habitants mécontent.

L'objet en question est la sculpture Tactile River,

Le contenu de cette affiche, mise en forme à la manière d'un avis de consultation publique, lit:

"

Appel à la destruction Publique de "l'objet"

Le collège des habitants, passant de gens-de-bon-goût ont décidé:

- Vu la laideur de l'"Objet" qui est encore pire de ce qu'on voit au piétonnier

- Vu l'obstruction que cause l'objet pour les services d'urgences, d'incendie, les livraisons, etc..et vu que la commune se doit de veiller à ce que chaque façade soit accessible aux services incendie-ambulance

- Vu le dérangement pour les cyclistes, piétons et personnes handicappées.

- Vu la fausse présentation que fait l'"Objet" de l'histoire: "ceci n'est pas la Senne"

- Vu les doutes que sème l'"Objet" auprès des passants et des touristes "Quand est ce qu'il y a un défilé de mode ici ?"

- Vu que l'objet est tout à fait symbolique pour la politique évènementielle et commerciale qui gère déjà le piétonnier

- Vu l'insulte au bon-goût et la dégradation causée à la place du samedi

nous avons décidé, agissant en bon père de famille et de citoyens concerné de lancer un appel à la Démolition publique de l'"objet"

Qu'on se le dise !

Enquête publique jusqu'au 15 août 2018

Remarques à envoyer à info@elsampe.be

HPQB: habitantes Populusque Bruxelliensis"

         
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Thomas a partagé un article de Bruzz dans lequel on parle d’une action de citoyens déterminés à détruire ce qu’ils appellent "l’objet", pour plusieurs raisons dont: le dérangement pour la circulation, en particulier les cyclistes et les handicapés, l’insulte au bon goût et la dégradation causée à la place du Samedi. Après une courte enquête, nous apprenons qu’il s’agit d’une œuvre de Benoit Jouveneau, installée à l’initiative de l’association de commerçants, avec le soutien de plusieurs échevins. En nous renseignant sur l’artiste, nous trouvons une campagne de financement participatif infructueuse ainsi qu’une vidéo datant de 2013. Le projet est un rêve de longue date de l’artiste, tel qu’il l’explique dans un commentaire sur son profil Facebook. L’œuvre installée sur la place a été pourtant l’objet de plusieurs articles dans Bruzz, mettant en avant les dégradations qu’elle subit ainsi que la colère de certains riverains envers l’œuvre. En effet, des graffiti pro vélo ainsi que d’autres moins directs: “cry me a river” sont visibles sur les photos.

         
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Lors de notre passage sur l'installation tactile river, nous remarquons son changement de couleur. En passant du rouge au gris, les organisateurs espèrent qu'elle sera ainsi mieux camouflée. Dans un reportage vidéo, un riverain assure qu'elle a déjà changé de couleur quatre ou cinq fois.

Les mots de l'artiste peints à la main sont visibles: "Le goût des autres me blesse, qu'ils se pâment devant une imposture ou reste de marbre face à un chef-d'oeuvre, la dose de solitude qu'ils m'injectent est d'une rare violence"

         
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Le 15 août, les personnes responsables de l’appel à détruire tactile river se sont rassemblées autour de l’œuvre. L’artiste lui-même les a rejoints, probablement pour protéger son œuvre et faire une performance autour de celle-ci. Durant la journée, l’artiste a écrit un message sur son œuvre au pinceau et à la peinture orange, il a ensuite “dérangé” la manifestation contre son œuvre en recouvrant le son d’une performance musicale par le bruit de son moteur de moto. Les manifestants ont recouvert les panneaux LED de l’œuvre par des bâches de couleurs plastifiées. L’incident a été couvert par Bruzz.

         
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Le 18 Mars 2019, Bruzz publie un article qui montre où les vestiges de Tactile River ont été déposés. Dans dans une friche à Forest. Certains de ces éléments servent d'assises aux habitants, assez contents de les trouver là. D'autres en revanche, sont posé en tas, comme un débarras sauvage.

Avec cette sculpture interactive, l’artiste Benoît Jouveneau rêvait de rendre à Bruxelles sa rivière, la Senne, enterrée depuis fin du XIXe Siècle. L’installation consistait en un chemin en verre et en bois, jonché de LED qui s’allument au passage d’un piéton, pour former une sorte de rivière numérique.

Lorsque Benoît Joveneau présentait les premiers prototypes de Tactile River, il songeait à une oeuvre poétique, qui puisse rendre une certaine présence à la Senne dans le centre-ville. Avec le temps, sa “création” a dû passer une série d’épreuves - financements participatifs échoués, mécénats, permis…  La forme qu’elle a finit par assumer sur la place du Samedi diffère sensiblement des premières ébauches: emplacement, matériaux et implantation sur la voirie, témoignent des tribulations qu’elle a dû endurer, des différents “intérêts” qu’elle a rencontrés sur son chemin et qui l’ont marquée. Cet objet-là, façonné par les feux croisés des différents efforts-désirs croisés, a ensuite, une fois lâché dans la rue, fini par toucher d’autres publics, créant une nouvelle fois des alliances et frictions autour de lui.

Après avoir tenté, sans succès, un financement participatif en 2014, l’artiste finit par pouvoir réaliser son oeuvre en juin 2018 sur la place du Samedi - au coeur du centre de Bruxelles - grâce au soutien de l’association locale des commerçants et de la commune. Aussitôt sa construction terminée, des riverains se mobilisent contre “l’objet” jugé laid et encombrant.
Ils sont à tel point révoltés par la sculpture et par le fait qu’ils n’ont pas été consultés à son sujet, qu’ils exigent son démantèlement immédiat. Pour ce faire, ils réalisent des affiches calquées sur les avis d’enquête publique, avec pour titre “Appel à la Déconstruction Publique de ‘l’objet’ à la place du Samedi”. Signées par “le Collège des habitants, passants et gens-de-bon-goût”, ces affiches ont été accrochées sur la place, à côté du Tactile River. Le texte détaille ensuite une série de critères qui ont rendu le projet artistique foncièrement inapte. Tels son aspect esthétique, mais aussi la sécurité (obstruction d'accès pour les services de secours); l’entrave au passage des PMR et des cyclistes; le manque d’épaisseur historique (la “fausse représentation de l’histoire” du voûtement de la Senne); et, sur un ton plus humoristique, lui est reproché la confusion qu’elle peut susciter dans le chef des touristes, à cause de sa ressemblance avec une passerelle de la Haute Couture. Enfin cet objet est dit être “symbolique pour la politique environnementale et commerciale qui gère déjà le piétonnier”. Du scénario cocasse d’un touriste qui attendrait en vain un défilé de mode, jusqu’à la politique qui sous-tend l’ensemble des opérations urbanistiques en cours au centre-ville, ce texte rattache la sculpture publique à une série d’enjeux d’ordre très différents. Il ne se limite pas aux qualités matérielles de “l’Objet” - tels que ses couleurs, l’épaisseur, mais y joint des appréciations sur l’adéquation des moyens aux fins: qu’est-ce qu’une rivière? Comment la rendre présente lorsqu’elle a été effacée, enfouie? Comment y rendre “sensible” malgré son invisibilité?

 

A l’aune des travaux de John Dewey, nous pouvons considérer certains objets - une oeuvre d'art publique ou un panneau publicitaire par exemple - comme des “affaires” qui mobilisent un “public” hétéroclite (Laki 2018). La théorie des publics incite à penser la démocratie à partir de l’engagement que des “causes” suscitent en mobilisant des publics à leur propos. Dans le cadre du material turn, ces travaux ont été relus pour accentuer l’aspect concret et matériel des enjeux qui mobilisent : “no issue, no public” rappelle Noortje Marres. En 2005 Bruno Latour et Peter Weibel invitent, avec l’exposition “Making things public: atmospheres of democracy” penseurs et artistes à travailler sur la matière première de la démocratie : les choses publiques, res publica. Penser et créer l’engagement à partir des “matters of concern”, matières et objets qui touchent et tiennent les uns ou les autres. Autrement dit, la sensibilité entre en politique...

A partir de là, on peut considérer certains objets posés ou abandonnés dans la rue - un espace public physique et matériel - comme des formes de participation - ou du moins de "contribution" - à la vie publique (Laki 2018).

June 2018

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Guillaume

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Guillaume

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Guillaume
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